Bartabas ©Agathe Poupeney

Pouvez-vous nous rappeler ce qui vous a motivé à fonder l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles en 2003 ?

Avec l’Académie équestre de Versailles, j’ai voulu apporter ma réponse toute personnelle à la question de la transmission. J’ai imaginé cette Académie comme une école de haut niveau, capable de former des cavaliers artistes, mais qui serait aussi un lieu d’épanouissement, un lieu où se façonnent de belles personnes. Je n’imaginais pas que l’acte de transmettre se résume à communiquer à d’autres sa technique ou son savoir-faire. Il ne suffit pas de savoir monter à cheval avec talent, bien d’autres choses entrent en ligne de compte : la capacité technique, l’évolution, la remise en question permanente, l’éclosion des dispositions naturelles… Pour cela, et c’est la profonde originalité de l’Académie, chaque écuyer reçoit un enseignement complet basé sur la danse, l’escrime artistique, le chant, l’arc traditionnel japonais, en complément du travail à cheval.
D’ailleurs, il faut souligner que ce sont désormais les écuyers « anciens » qui transmettent leur savoir aux nouveaux.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur La Voie de l’écuyer ?
Que va-t-on voir ? Peut-on l’envisager comme une « carte de visite » pour qui ne connaîtrait pas votre univers – une photographie, à un instant T, du travail de l’Académie ?

« La Voie de l’écuyer est LA carte de visite de l’Académie depuis sa création il y a 14 ans. J’ai coutume de dire à mes écuyers : le sujet de cette « reprise musicale », c’est vous. Autrement dit l’Académie, sa philosophie, son enseignement, son regard sur la transmission des savoirs et des émotions, ce parcours de cavaliers artistes qui n’en finissent jamais d’apprendre, toujours en route, toujours déroulant les variations infinies d’un art éphémère.

Depuis toutes ces années, La Voie de l’écuyer n’a plus rien à voir avec le spectacle initial, car plus les cavaliers et chevaux acquièrent de la maîtrise dans les différentes disciplines, plus il s’enrichit.

Inspiré de La Voie de l’écuyer, le spectacle que nous allons présenter sera remis en forme dans l’écrin du Fort Al Jahili. J’interpréterai deux solos avec mon célèbre cheval Le Caravage, accompagné de Mohammed Dohai. Çà et là résonnera la voix d’un comédien ponctuant en arabe littéraire les tableaux de commentaires de grands maîtres de l’équitation – Oliveira, L’Hotte, Baucher, Beudant.

Pourquoi avez-vous accepté ce défi de partir à Al Aïn ?

Contrairement au Théâtre équestre Zingaro qui voyage depuis des décennies à travers le monde, l’Académie est partie en tournée en Europe mais les trente chevaux n’ont jamais pris l’avion, ce qui en soit est un défi. C’est la première fois que nous venons avec l’Académie dans un pays du Golfe pour présenter notre travail. Dans une nation où le cheval est une tradition, cela m’a paru intéressant, surtout dans ce lieu, le Fort Al Jahili d’Al Aïn, qui est chargé de symboles. Il faut savoir que beaucoup de mes inspirations viennent du sacré ; quand un compositeur travaille sur le sacré, quelle que soit son appartenance, il y a quelque chose qui traverse l’Humanité.

Au-delà de la technique, ce qui m’anime, c’est montrer la relation qui est induite entre le cavalier et le cheval, la philosophie qui s’en dégage. Ce lien est permanent et il émane d’eux une sensibilité de tous les instants. Cela m’intéresse de faire découvrir cette équitation de tradition française où règnent légèreté, élégance et souplesse, et où la majorité des écuyers sont des femmes.

« La Voie de l’Ecuyer »
23,  24, 25, 27 et 28 Mars à 20h
Fort Al Jahili, Al Ain

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Entraperçu/Bartabas ©Antoine Poupel